« Elle était belle. Curieuse et pleine de vie. Franche et distraite. Douce et ironique. Elle m’a demandé si on devrait se marier. J’ai dit oui. Je ne voulais pas être loin d’elle. »
Elle, c’est Fiona (Julie Christie). Une sexagénaire jeune et amoureuse. Amoureuse de la vie et de Grant (Gordon Pinsent), l’homme auquel elle est mariée depuis 45 ans. Le couple épuise des jours paisibles à la campagne, buvant les dernières gouttes d’un bonheur tendre, précieux, mais qui s’estompe peu à peu. L’Alzheimer de Fiona progresse, envahit inéluctablement leur maison et leur décor. Main dans la main, le couple affronte la maladie et attend dans la résignation l’inévitable moment de conduire Fiona à la maison de repos spécialisée.

Après le premier mois sans visite prescrit par la responsable de l’établissement, Grant retrouve sa belle en pleine dérive. Les pieds bien encrés dans un monde aussi lointain que confus, Fiona a déconstruit ses souvenirs pour s’en forger d’autres auprès d’un nouvel homme. Jour après jour, Grant subit l’indifférence de Fiona et témoigne de son amour naissant pour Aubrey, un pensionnaire de la résidence. Ravagé par la tristesse, Grant cherche une façon de survivre, mais surtout, de laisser partir celle qu’il aime.

Avec sa première réalisation, Sara Polley touche la cible en plein mille. Away From Her est une œuvre bouleversante qui se déploie tout en retenue. Chaque tableau est empreint de douceur et de tendresse. Julie Christie est éblouissante. Elle rend superbement une Fiona lumineuse qui fait peine à voir défaillir. Gordon Pinsent est également fabuleux dans la peau d’un homme perdu, incapable de rapiécer son cœur.
Le visionnement d’Away From Her est néanmoins une expérience difficile qu’on traverse dans la lutte ou l’abandon. D’une façon ou d’une autre, on quitte Fiona et Grant comme on les a accompagnés pendant ces 95 minutes : la gorge serrée et les yeux humides. Mais, à l’évidence, certaines expériences sont d’une telle beauté qu’elles valent bien quelques souffrances.











