Babel (prise 2)

Épicentre et périphérie d’un séisme planétaire

Au risque de me répéter, l’œuvre de Gonzalez Inarritu touche, ravit, bouleverse, émeut… Si esthétiquement elle frise la perfection, elle présente également des performances d’acteurs exceptionnelles.

Un film d’Alejandro Gonzalez Inarritu, avec Brad Pitt, Gaël Garcia Bernal, Cate Blanchett, Rinko Kikuchi, Boubker Ait El Caid, Abdelkader Bara et Adriana Barraza, États-Unis, 142 minutes.


Reclus dans le Haut-Atlas marocain, Yussef et Hassan (Boubker Ait El Caid et Abdelkader Bara) veillent sur le troupeau de chèvres familial. Pour éloigner les chacals, ils comptent sur un nouvel allié : l’arme obtenue par leur père d’un voisin éloigné. Une acquisition qui, entre les mains des deux jeunes garçons, fera basculer des destins. Ceux de Susan et de Richard (Cate Blanchett et Brad Pitt), un couple de touristes américains au bord de l’éclatement ; ceux de leurs deux enfants et de leur nourrice, Amélia (Adriana Barraza) ; et celui d’une adolescente sourde-muette affligée par la mort de sa mère (Rinko Kikuchi). Déchargée avec insouciance dans le ciel du Maroc, l’arme libèrera tout son potentiel destructeur et l’écho de ses coups de feu résonnera du Mexique au Japon.

Fidèle à ses habitudes, Gonzalez Inarritu mène plusieurs histoires de front et s’amuse avec le temps. Néanmoins, contrairement à 21 grammes, le découpage temporel de Babel est beaucoup moins complexe et laisse toute la place à l’intrigue. À une histoire dure qui porte sur un thème vaste et apparemment inépuisable, celui de la misère humaine. Une fois de plus, le réalisateur mexicain vient nous chercher dans l’obscurité de la salle, dans le confort de nos sièges, et nous remue inlassablement. Babel est déchirant. Parce que ses images superbes nous révèlent les pires laideurs de l’âme humaine. Et parce qu’au final, au-delà de la certitude d’avoir vu un film grandiose, reste un goût amer. Difficile après Babel de ne pas voir le monde comme il est : laid, triste et terriblement injuste. Fait de milliards d’hommes dont la vie n’a pas la même valeur.

Au risque de me répéter, l’œuvre de Gonzalez Inarritu touche, ravit, bouleverse, émeut… Si esthétiquement elle frise la perfection, elle présente également des performances d’acteurs exceptionnelles. Gaël Garcia Bernal crève l’écran comme toujours. Cate Blanchett aussi. Rinko Kikuchi est touchante et Adriana Barrasa est tout simplement extraoridinaire. Même Brad Pitt est bon, ce qui n’est pas peu dire.

Somme toute, Babel est un film à voir. Absolument.

lundi 20 novembre 2006, par Julie Roy

P.-S.

Lire aussi le texte de David.

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