Délicieuse comédie noire, Burn After Reading marque le retour vers l’humour absurde des frères Coen, après le détour dramatique et acclamé, que fut No Country for Old Men.
Injustement rétrogradé par ses supérieurs, Osbourne Cox, un analyste mineur travaillant pour la CIA, décide de rédiger des mémoires incendiaires pour se venger. Il ignore cependant que sa femme infidèle, pour se préparer à le divorcer, copie les dossiers personnels de son ordinateur, incluant le manuscrit de ses révélations-chocs. Le disque contenant toutes ces données se retrouve par mégarde entre les mains de deux entraîneurs d’un club de gym, à qui vient la mauvaise idée de faire chanter Cox. Harrasé par l’imbécillité qui l’entoure et trahi par sa femme, Cox n’entend cependant pas se laisser faire sans rien dire.

- Osbourne Cox (John Malkovich)
Parodiant l’esthétique clinique des films d’espionnage, les Coen utilisent les codes du genre à leurs propres fins. Ils nous emmènent dans un suspense insensé qui découle d’une suite de situations ridicules, mais qui, s’emboîtant les unes dans les autres, mène l’intrigue à des lieux de là où on l’attend. Le récit est peuplé de personnages imbéciles et foncièrement mauvais, remplis de viles motivations comme la vengeance et le goût de plaire. Les décisions, aussi banales soient-elles, de ces personnages, font avancer l’histoire à une cadence toujours soutenue et imprévisible, provoquant au passage un flot de rires jaunes.
Le scénario des frères Coen regorge de détails, apparemment insignifiants, mais qui, évidemment ne le sont jamais. Leur écriture s’autoréférence sans cesse, et rien n’est placé ou dit en vain. La narration qui en résulte se révèle d’une densité incroyable, mais sans jamais tomber dans la lourdeur ou une intellectualisation assommante. Ici se trouve le véritable talent des Coen ; de savoir pondre une intrigue excessivement touffue, sans jamais se prendre les pieds dans la cohérence et perdre leur spectateur en route.

- Harry Pfarrer (George Clooney) et Linda Litzke (Frances McDormand)
La distribution aux petits oignons de Burn After Reading est mené avec hargne par John Malkovich, qui prend visiblement plaisir à nous servir ses « What the fuck ? » à toutes les sauces. George Clooney, Brad Pitt et Frances McDormand forment un trio d’abrutis exceptionnels qui nous offre de moments à la limite du surréel, tellement ils sont absurdes. Tilda Swinton, enorgueillie de son Oscar pour Michal Clayton, joue ici une « cold bitch » impeccable, tandis que J.K. Simmons (J. Jonah Jameson dans les films de Spider-Man) vole encore une fois la vedette lors de ses deux uniques apparitions.
Avec Burn After Reading, les frères Coen assoient leur réputation en prouvant qu’ils peuvent livrer la marchandise, quelle qu’elle soit. Un peu à la manière de Woody Allen dans les années 70 et 80, ils s’inscrivent lentement comme des cinéastes complètement originaux qui attirent à eux les comédiens les plus en vue, par leur dévotion totale au médium cinématographique et leur talent brut de raconteurs.











