Bien que, suite à de nombreuses répressions légales et à des désastres financiers causés en majeure partie par l’abus de substances illicites, les diverses maisons d’éditions spécialisées dans le comix underground aient disparu rapidement, la passion de faire de la BD ne s’est pas éteinte d’un coup en Amérique. Seulement, elle a pris une autre forme.
Ainsi, plutôt que de s’acharner à mettre sur pied des maisons d’édition et de distribution qui déborderaient des normes très strictes des éditeurs majeurs de comicbooks de super-héros (lire ici Marvel et DC), certains bédéistes se sont mis à s’auto-produire, se limitant à un faible tirage de leur fanzines produits à l’aide d’une photocopieuse et de broches, et les vendant parfois dans des magasins de comics mais surtout par la poste. Des artistes aussi réputés que Harvey Pekar, Julie Doucet et les frères Hernandez ont démarré leurs carrières de bédéistes par cette approche du DIY.
John Porcellino est de ce nombre. Cet américain originaire de Chicago s’est mis à publier les premiers numéros de King-Cat Comix vers le début de sa vingtaine, notamment sous l’influence du mouvement Punk et de la présence d’autres artistes qui utilisaient la BD comme médium afin de communiquer des tranches de vie et des états d’âme de manière très spontanée et sincère. King Cat Classix, paru ce printemps chez Drawn And Quarterly, recueille des extraits des 50 premiers numéros des King Cat Comix.
Évidemment, le dessin de Porcellino était assez brouillon à ses débuts, et l’évolution de son trait qui est perceptible de manière évidente dans cette anthologie ne débouche pas sur une qualité graphique exceptionnelle. Cependant, son dessin est aux antipodes d’artistes comme Enki Bilal et François Schuitten, dont l’esthétique somptueuse et le trait précis est malheureusement affaibli par une certaine froideur dans l’ensemble. La spontanéité de Porcellino compense généralement pour un dessin rudimentaire, rugueux et très dépouillé.

À l’origine, les King-Cat Classix étaient publiés sous divers formats, et la multitude des tailles de numéros produisait un certain charme. La normalisation des formats qui a été rendue obligée par la publication d’une anthologie est un peu décevante, surtout compte tenu que l’artiste en question gagne peu à être agrandi.
Pour ce qui est des récits, disons qu’il ne va pas les chercher trop loin : anecdotes de vie, petits moments anonymes, crises de conscience et histoire des chiens de la famille sont monnaie courante dans l’univers bédéesque de Porcellino. Par contre, encore une fois, la banalité de ses récits a pour effet de venir chercher le lecteur dans ses retranchements. Comment se mettre à distance un artiste qui affirme « I’m at the nowhere age of 23 » ?

En somme, King-Cat Classix est pour amateurs de fanzines et de DIY seulement, puisque pour les petits récits de vie sincères, je conseillerais davantage d’aller voir du côté de l’excellente série American Spendor de Harvey Pekar et la pléthore d’artistes qu’il engage pour le dessin, ou encore de lire des numéros du Peepshow de Joe Matt, ce sympathique-enfoiré-onaniste-radin qu’on déteste apprécier et aimer détester. Ce n’est pas que King-Cat Classix soit une mauvaise BD, c’est seulement qu’elle est peut-être trop rudimentaire pour bien des lecteurs.











