Le Québec a maintenant son Parrain, son Scarface. L’histoire réelle de Lucien Rivard, trafiquant de drogues entre Cuba et Montréal et transitant par les États-Unis, est effectivement singulière. Dans les années 50 et 60, à l’époque de l’assassinat de John F. Kennedy et de la révolution cubaine, de Che Guevara, Lucien Rivard devint un criminel aimé et admiré des Québécois. Son histoire a fasciné les médias : le Québec, et Montréal à l’avant-scène, se positionnait désormais sur la carte mondiale de la criminalité.

- La Nouvelle-Orléans, transit du trafic de drogue entre Cuba et Montréal
Si Lucien Rivard se voit comme un entrepreneur de l’import-export, au même titre que les pétroliers et marchands de tissus, les agents de la CIA et du FBI ne sont pas du même avis. Dans un monde où les amis sont d’une importance capitale, dans un monde où rien n’est dit mais tout est fait, les événements peuvent basculer rapidement. Le Piège américain est notre histoire de mafia, de magouille, doit-on cependant en être fier ?

- Lucien Rivard devant l’agent Jeffery Cohen (Joe Cobden)
Se basant sur une histoire véridique, Le Piège américain est toutefois un film de personnage, tous aussi important les uns que les autres, tous unis dans cette gigantesque magouille. La performance des acteurs doit donc rendre parfaitement crédible la complexité du scénario. Heureusement, la distribution des rôles nous offre de bons acteurs, bien conscients de leur personnage et de leur impact. Évidemment, Rémy Girard porte le film sur ses épaules et entre avec beaucoup de respect dans la peau du personnage principal Lucien Rivard.

- Rémy Girard, dans la peau de Lucien Rivard
Montré comme un héros légendaire par le réalisateur Charles Binamé, Lucien Rivard a effectivement joué son rôle dans une époque de grande transition pour l’Amérique du Nord. De la passion qu’a éprouvé le réalisateur à raconter l’histoire quasi véridique de notre escroc résulte un film grandiose, aux allures hollywoodiennes dont on n’a pas l’habitude. Nous assistons donc à la reconstruction fictive d’un personnage discret que les scénaristes Fabienne Larouche et Michel Trudeau se sont amusés à assembler en se basant sur les informations nombreuses mises à leur disposition. Selon moi, c’est cette supercherie qui est le vrai piège américain. L’intention avouée de se baser sur une histoire vécue pour ensuite l’embellir et la trafiquer pour en faire une superhistoire pleine d’action et de rebondissements.

- Colm Feore offre une excellente performance dans le rôle de Maurice Bishop
Il n’en demeure pas moins que Le Piège américain n’est ni un documentaire, ni un fait vécu. C’est plutôt un reflet réussi d’une époque tranquille pour les Québécois. On aurait pu toutefois s’attendre à une télésérie. Le nombre faramineux de personnages complexes et surtout l’histoire qui se déroule sur une quarantaine d’années se digéreraient mieux si cette histoire était découpée en douze chapitres de 52 minutes. Nous avons pourtant droit à un grand film d’époque, aussi complexe que captivant, avec un escroc franco-canadien discret devenu héros malgré lui. Décidément, le réalisateur de Maurice Richard et de Séraphin aurait dû naître à Hollywood !











