Pendant ce temps au festival

Escapade au Festival des films sur les droits de la personne de Montréal. Un événement qui mérite le déplacement.

Escapade au Festival des films sur les droits de la personne de Montréal. Un événement qui mérite le déplacement.


Dimanche, 25 mars. Le soleil brille au-dessus de Montréal. En m’engouffrant dans les profondeurs pour atteindre le Cinéma du Parc, je questionne mon choix : pourquoi occuper la plus belle journée du printemps à écouter des histoires de misère ?

À défaut de comprendre mes motivations profondes, je suis néanmoins rassurée : les gens attendent en file dans les escaliers menant à la billetterie. Je ne suis donc pas seule en mon genre. Quelques minutes plus tard et quelques mètres plus bas, j’attends patiemment dans la pénombre de la salle #1 ma rencontre avec José Antonio Gutierrez Lopez.

The short life of José Antonio Gutierrez Lopez

Il fut le premier marine tué en Irak. Le tir venait de son propre camp. Une erreur. Une mort qui aurait pu être évitée. Rapatrié en héros national, « el Chapin » n’avait pourtant rien du soldat américain moyen. Ou peut-être que si… The short life of José Antonio Gutierrez Lopez retrace pas à pas le parcours du Guatémaltèque d’origine maya, mort à l’âge de 30 ans.

José Antonio a grandi seul dans les rues de la capitale d’un Guatemala en pleine guerre civile. Une guerre qui lui a pris ses parents, victimes du génocide perpétré contre la population autochtone. Son quotidien est occupé à survivre, à geler ses souffrances et à chercher sa sœur dont il a perdu la trace. Repêché par des travailleurs de rues, il passera quelques années à l’orphelinat, retrouvera sa sœur puis partira au nord à la recherche d’une vie meilleure. Pour lui et pour sa famille retrouvée.

Comme un million de gens

Si le film de Heidi Specogna saisit le spectateur du début à la fin, le passage relatant le long voyage de José Antonio vers les États-Unis est littéralement bouleversant. La caméra se promène dans les lieux arpentés par le Guatémaltèque ; des lieux qui sont aujourd’hui arpentés par d’autres. Il y a ce refuge au Chiapas où les « voyageurs » sont accueillis et « préparés » pour le grand départ. On y observe des Mexicaines courir et sauter sur un container : dernier entraînement avant de faire face au train qu’elles devront attraper. Nous sommes témoins des derniers appels téléphoniques faits aux familles laissées derrière, de la dernière prière et du départ. Dans la nuit, des dizaines de personnes courent et sautent sur le train en marche. C’est le début d’un périple qui durera des mois. Un périple de tous les dangers qu’année après année des milliers de gens du sud entament et que beaucoup d’entre eux ne complètent jamais. Comme ces estropiés, démembrés par le train après une chute, qui reposent dans un petit hôpital à quelque part au Mexique.

Le repos du guerrier

Ce n’est pas le repos qui attend les migrants qui parviennent à franchir les frontières des États-Unis, mais une nouvelle bataille. Celle pour trouver du travail, pour construire une vie et pour obtenir les papiers. Comme José Antonio Gutierrez Lopez, 32 000 latinos américains ont choisi de servir l’armée américaine en Irak en échange de la précieuse carte verte. Des hommes qui ont d’autres rêves que de guerroyer. José Antonio rêvait de devenir architecte, d’avoir une maison et de faire venir sa sœur aux États-Unis. Comme tous les autres, il rêvait d’une trêve, d’un repos. Aujourd’hui, c’est dans un somptueux cimetière américain qu’il repose. Seul et loin des siens.

En quittant le Cinéma du Parc, ébranlée et les yeux bouffis, le soleil brillait toujours. Une raison pour faire un détour au FFDPM avant le 29 mars ? Parce que les histoires qui y sont racontées ne sont pas des histoires de misère. Ce sont des histoires de courage. De courage exceptionnel dont font preuve tant de gens sur notre petite Terre.

lundi 26 mars 2007, par Julie Roy

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